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Josh T. Pearson >> Samedi 27 Août // La Nuit Electronic

Le premier album solo de Josh T. Pearson est un recueil de sept chansons tirées des leçons apprises au cours de ce qu’il décrit comme « une année difficile » ; des chansons personnelles, puissantes, douloureuses, qui émeuvent par leur sincérité, donnent de l’espoir à travers ces épreuves subies et surmontées. Elles ont été enregistrées dans un studio de Berlin en deux nuits, tout juste écrites et consignées sur bande quand Josh a vu à quel point elles touchaient le public lorsqu’il les jouait. C’est l’album le plus courageux que vous entendrez en 2011.

 

L’histoire de Josh T. Pearson débute il y dix ans environ, à des milliers de kilomètres de là, dans son Texas natal. C’est là qu’il forme Lift to Experience, qui a enregistré un double album fascinant pour le label anglais Bella Union et donné une multitude de concerts marquants pour tous ceux qui y ont assisté. Des soirées où le public a repris comme une chorale ses cantiques existentiels chargés de souffrance, où les amplis s’embrasaient par solidarité avec le message profond du trio versatile. John Peel les appréciait tant qu’il leur a fait enregistrer trois sessions en cinq mois et qu’ils ont intégré la liste des Meilleures Peel Sessions de tous les temps.

 

The Texas-Jerusalem Crossroads, leur opus de 2001, est venu à Pearson tel quel, le compositeur se laissant porter par les courants qui le poussaient à livrer ce qu’il décrit aujourd’hui comme « ma propre symphonie à Dieu ». C’est à ces croisements que se rencontraient spiritualité et angoisse terrestre et que Pearson a entraîné le bassiste Josh ‘The Bear’ Browning et Andy ‘The Boy’ Young vers des crescendos de beauté symphonique et de théâtralité. Totalement sérieux dans leur quête d’intensité et de transcendance Coltranesque, ils se sont déclarés « putain de meilleur groupe dans ce maudit pays » alors que leur son majestueux prenait de l’ampleur pour atteindre un volume épique. Et puis le silence est revenu. Lift to Experience a disparu de la surface de la Terre, laissant en suspens tant de promesses non réalisées.

 

Josh T. Pearson parle des années qui ont suivi la dissolution de Lift to Experience comme d’une période « d’introspection… La musique est vraiment précieuse. C’est la chose la plus précieuse pour moi, presque trop pour la partager. J’avais besoin d’explorer le monde, de découvrir des choses. Je devais grandir et devenir un homme. Et je ne voulais pas le faire en public.« 

 

Pearson pense qu’un deuxième album de Lift to Experience aurait eu un succès comparable à celui de The Texas-Jerusalem Crossroads. Mais cette perspective n’a contribué qu’à accroître son ambivalence envers le rôle de « rock star » auquel sa musique semblait le condamner.

 

« Vendre des disques a été probablement la pire chose qui nous est arrivée, dit-il. Au Texas, où personne n’écoutait notre musique, elle était une forme d’art pour moi. Il n’y avait pas d’attente, on pouvait faire tout ce qu’on voulait. Quand elle est devenu un produit, que l’idée d’argent est entrée en jeu et que le gagne-pain de mes partenaires s’est mis à reposer sur mes épaules, quelque chose a changé dans ma tête. » Une série de tragédies dans la vie personnelle des membres du groupe persuade Pearson « qu’on s’était embarqué sur la route de l’Enfer. Si le groupe continuait, il y aurait des conséquences, en termes d’âmes, dont je ne voulais pas être responsable.« 

 

Le groupe se sépare et Pearson se terre dans une ville minuscule au fin fond du Texas où il enchaîne les petits boulots pour payer son modeste loyer. « J’ai nettoyé les toilettes d’une église, fait les foins, été ouvrier pour six dollars de l’heure, se souvient-il. J’ai fait du volontariat dans un centre de retraite chrétienne, donnant un coup de main comme je le pouvais, je faisais des réparations, etc. Je gagnais juste de quoi vivre et le reste du temps, je réfléchissais. »

 

En l’absence d’un deuxième album, le bouche-à-oreille d’internet fabrique une légende autour de The Texas-Jerusalem Crossroads, qui continue à se vendre auprès de nouveaux fans n’ayant plus l’espoir de voir Lift to Experience sur scène. Dans le désert, Josh ignore tout de son statut culte grandissant. Il n’a jamais cessé de composer ou de jouer. Mais ses nouvelles chansons sortent rarement de la chambre où elles sont écrites et le public qui les entend est constitué d’autres musiciens amateurs, dans des cercles de guitaristes locaux où ils reprennent ensemble laborieusement de vieux morceaux d’Hank Williams, trouvant le réconfort dans ses accords et ses paroles.

Au fil de la décennie, Pearson quitte le Texas, s’installe à Berlin, puis à Paris. Il lui arrive d’émerger parfois pour donner des concerts discrets mais salués avec enthousiasme, jouant de nouvelles chansons et des reprises, alimentant l’anticipation que l’un de ses projets inachevés va bientôt sortir : un album de country, des reprises de gospel ou les chansons « Angels Vs Devils » que Pearson a présentées lors d’une tournée solo au Royaume-Uni en 2003.

 

Mais Pearson n’a pas l’intention de développer sa discographie à ce moment-là : « Je n’ai joué de la guitare sur scène que lorsqu’il le fallait, pour trois fois rien, pour 50 dollars ici ou là ; j’ai fait le circuit ouvrier. J’ai joué à Hull six fois, loin des sentiers battus pour me prouver qu’en tant qu’artiste, je pouvais convaincre une salle d’inconnus de mon « talent ». Je le dis humblement, tête baissée. J’ai retenu leur attention avec mon honnêteté et ma sincérité absolues et mon désespoir. Mon répertoire était vraiment douloureux, à la dérive, en colère. Il y avait une vraie intensité : c’est le genre de trucs qui, en général, ne sortent pas de la maison. »

 

En effet, Pearson dit qu’il n’aurait pas enregistré les chansons de son premier album solo s’il n’avait pas vu les réactions qu’elles provoquaient lorsqu’il les a jouées en tournée avec Dirty Three en Irlande en décembre 2009. Ces nouveaux morceaux très autobiographiques, comme on peut l’entendre, s’expriment avec une honnêteté, une sincérité et un désespoir similaires. Abandonnant le mur du son de Lift to Experience, les arrangements sont légers, la voix et la guitare de Josh accompagnées de façon douce-amère par un violon. Quatre des sept chansons dépassent les dix minutes, parce qu’elles examinent l’enchevêtrement existentiel douloureux de l’amour et de la perte avec une profondeur et une clarté émotionnelle impossibles à contenir dans un format pop. Ce sont des chansons qui accompagnent la vie et qu’on habite, imprégnées de la douleur et de la gloire de l’existence, transmises avec force par Pearson.

 

« J’ai composé ces chansons au moment où ce qu’elles racontent se produisait, en chantant de mon propre point de vue, dit-il, et je les ai jouées pendant la tournée avec Dirty Three en me disant que ce serait bon pour moi, que ce serait thérapeutique, cathartique. Je n’aurais pas pensé à les enregistrer, mais deux Irlandais baraqués sont venus me voir après, avec les larmes aux yeux, émus par ces morceaux… C’était de parfaits inconnus, ils ne savaient pas qui j’étais, mais ils pleuraient. Ils avaient l’air dur à l’extérieur, on sentait que ce n’était pas leur genre habituellement, mais ils sont venus me remercier et me dire à quel point la musique les avait touchés. Et c’est là que je me suis dit que ce serait peut-être important de mettre de côté mes sentiments et de sortir ces chansons. »

 

« C’est marrant de revenir et de sortir un disque aussi triste après toutes ces années, » remarque Pearson. Il ne l’a pas réécouté depuis qu’il l’a achevé. Ses blessures sont encore trop récentes. Pourtant, il est à juste titre fier de l’album. « Je voulais que ce soit un disque assez bon pour faire une fin au cas où je ne sortirais plus rien pendant dix ans. Il est totalement honnête et désespéré. Il faut vraiment l’écouter, c’est éprouvant, mais ça en vaut la peine. »

 

Il est peut-être déchirant, mais c’est aussi l’album le plus remarquable qu’on entendra cette année.